Près de 90 % de la masse monétaire moderne prend la forme de monnaie scripturale, c’est‑à‑dire de dépôts bancaires inscrits sur des comptes. Contrairement à l’idée reçue, la plupart de cette monnaie n’existe pas sous forme de billets dans un coffre : elle naît essentiellement lorsque les banques accordent des crédits. Cet article explique simplement comment s’articulent dépôts, prêts et bilan bancaire, illustre la création monétaire par un exemple chiffré et rappelle les mécanismes de régulation et les sources de revenus des banques.
Le bilan bancaire en quelques lignes
Une banque fonctionne comme toute entreprise mais avec une particularité : ses passifs comprennent essentiellement des dépôts de clients (comptes courants, livrets), tandis que ses actifs sont composés de prêts accordés, de réserves et de titres. Le bilan doit toujours être équilibré : actifs = passifs + capitaux propres. Lorsqu’une banque accorde un prêt, elle inscrit une créance à l’actif et crédite simultanément le compte du client au passif. C’est ce mécanisme qui crée de la monnaie scripturale.
Exemple chiffré simple
| Poste | Avant prêt | Après prêt |
|---|---|---|
| Prêts (actif) | 0 € | 10 000 € |
| Dépôts (passif) | 0 € | 10 000 € |
Sans retrait préalable de billets, le prêt crée simultanément une créance pour la banque et un dépôt pour l’emprunteur. Dès lors, la masse monétaire augmentera puisque le dépôt nouvellement créé peut être utilisé pour des paiements, des virements ou des retraits, et il pourra ensuite servir à financer d’autres prêts par le jeu des flux interbancaires et de la réutilisation des dépôts.
Pourquoi la banque n’a pas besoin de « tous les dépôts » sous forme de billets
Les banques disposent de réserves auprès de la banque centrale, et seule une fraction des dépôts est nécessaire sous forme de liquidités immédiatement disponibles. Les règles prudentielles (fonds propres, ratios de liquidité) imposées par les autorités limitent toutefois la quantité de crédit qu’une banque peut accorder. Le multiplicateur monétaire, souvent évoqué dans les manuels, décrit comment une création initiale de dépôt peut être amplifiée, mais en pratique ce multiplicateur est encadré par la demande de crédit, la volonté des banques de prêter et les exigences réglementaires.
Comment les banques gagnent de l’argent
Le modèle économique repose principalement sur l’écart entre les taux d’intérêt perçus sur les prêts et les taux versés aux déposants, appelé marge d’intérêt nette. À cela s’ajoutent les commissions (frais de tenue de compte, commissions de paiement), les revenus liés aux services (gestion d’actifs, assurance) et les activités sur les marchés (trading, services d’investissement). Une partie des revenus sert à constituer des provisions pour défauts et à rémunérer les actionnaires via les capitaux propres.
Risques et régulation
Les principales sources de risque pour une banque sont le risque de crédit (emprunteurs qui ne remboursent pas), le risque de liquidité (incapacité à faire face aux retraits) et le risque de marché (variations de taux et de prix des actifs). Les autorités imposent des règles pour limiter ces risques : ratios de solvabilité (fonds propres minimum), ratios de liquidité à court terme, exigences de reporting et stress tests. La banque centrale, en fournissant de la liquidité et en fixant un cadre macroprudentiel, joue un rôle clé pour la stabilité du système financier.
Monnaie centrale vs monnaie scripturale
Il convient de distinguer la monnaie centrale (ou base monétaire) détenue par les banques et la monnaie scripturale détenue par le public. La banque centrale émet la monnaie centrale et contrôle son volume via les opérations d’open market, le taux directeur et les facilités de prêt. La monnaie scripturale est créée par les banques commerciales au moment de l’octroi de crédits. La banque centrale ne crée pas directement la plupart des dépôts des ménages et entreprises, mais elle influence fortement les conditions dans lesquelles ces dépôts peuvent être créés.
Comprendre le rôle des banques nécessite de lire leur activité en termes de bilan : dépôts au passif, prêts à l’actif. La création monétaire scripturale est au cœur de la dynamique économique moderne, mais elle se déroule dans un cadre de régulation visant à préserver la stabilité financière. Pour approfondir, les documents de la Banque centrale européenne, de la Banque de France et du BIS offrent des explications techniques et des chiffres récents sur les ratios, la marge d’intérêt et les mécanismes de supervision.